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Le Blog des Citoyens Alternatifs revient ! L'objectif du site sera désormais de se tourner vers l'extérieur. D'avoir ces infos qui donnent espoir, ces infos positives, ces belles initiatives qui sont bien souvent sous-médiatisées. Un regard vers le monde, qui invite chaque citoyen alternatif des quatre coins de la planète ou de nos régions à contribuer, ou communiquer. Vous pouvez donc commenter et surtout nous envoyer vos articles à l'adresse citoyens-alternatifs@hotmail.fr. Bienvenue dans cet espace de liberté. Belle lecture !

Entretien : Olivier Besancenot

Publié le 26 Août 2006 par Ben in Dossier "Cachan"

 

Olivier besancenot : « à Cachan on a assisté à une rafle »

 

A l’occasion des événements malheureux  de Cachan et des expulsés de la Cité Universitaire, le Blog des Citoyens Alternatifs est allé à la rencontre de plusieurs personnalités engagées dans le conflit. Le témoignage d’expulsés sera aussi mis à l’honneur au cours de ce dossier spécial. A l’heure actuelle, on sait que une trentaine d'ex-squatteurs sont en centres de détention en attente de leur expulsion, d’autres ont été déjà renvoyés dans leurs pays et 200 sont au gymnase car ils « refusent » les « relogements provisoires proposés ». 6 des ex-squatteurs installés au gymnase ont cessé de s’alimenter depuis le mardi 22 août.

Aujourd’hui, il s’agit du leader de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui nous accorde son temps, Olivier Besancenot, qui compte bien se présenter aux prochaines élections présidentielles, parle de ces expulsions jugées abusives en termes forts, pour ce facteur de profession, le problème peut se régler à partir d’une loi à appliquer, celle des logements vides à réquisitionner.

 


Le Blog citoyen alternatif : La situation semble bloquée, les propositions de relogement provisoire ont été déclinées, la méthode employée courrait-elle à l’échec ?

 

Olivier Besancenot : De toute façon, on n’expulse pas les gens pour les remettre à côté. Et puis, il n’y a eu aucune solution d’échange qui a été faite. Il y a une grande campagne politique et médiatique organisée par M. Sarkozy qui consiste à dire que ces familles refusent l’hôtel qu’on leur a proposé, qui serait soi-disant une solution de relogement, c’est absolument pas des solutions de relogement ! On leur propose des solutions temporaires de quinze jours, trois semaines, voire un mois dans des hôtels ou par ailleurs il n’y a pas de possibilité pour les familles de rester ensemble, de faire la nourriture. Et d’ailleurs, dans ce gymnase qu’est tout petit, il y a des personnes qui avaient été « relogées » dans les hôtels qui sont revenues tout de suite après, dans des situations inacceptables. L’avantage, c’est que les familles restent soudées, et ça c’est le pire des problèmes du gouvernement, c’est ça qui fait que vendredi, ils ont dû faire marche arrière car aussi des femmes africaines sont allées jusqu’au bout, elles n’ont rien lâché et l’ont fait avec dignité.


Le Blog : Comment jugez-vous les événements de ce « jeudi noir » (NDLR : le 17 août) où l’on a assisté à l’expulsions de centaines de personnes qui travaillaient ?

 

Olivier Besancenot : Quand on a des tentes qui sont mis en place pour trier l’immigration « papiers » ou « sans papiers », une tente jaune à la sortie de laquelle les sans-papiers sont amenés directement dans des bus  ou des centres de rétention, moi j’appelle ça une rafle.

J’appelle ça une rafle. Je pèse mes mots, on a une situation depuis plusieurs mois avec un gouvernement qui organise des expulsions massives par charters, qui a envoyé la police dans les écoles pour traquer les enfants sans-papiers et qui a organisé à Cachan une rafle. Donc, toute proportion gardée, ça fait quand même froid dans le dos.

 

 

Le Blog : Que faut-il maintenant pour régler ce problème urgent?

 

Olivier Besancenot : D’abord continuer à faire ce que réclament les familles, c’est-à-dire refuser que les parents et les enfants soient séparés, je crois que c’est sur là-dessus pour l’instant que çà tient bon et que le gouvernement a un tout petit problème, car ça, ça oblige à ouvrir des négociations.

S’en sortir, c’est d’abord répondre à la première question qui est celle du Logement.

L’expulsion de Cachan s’est faite au nom soi-disant d’insalubrité. Quand on sait que le gouvernement prétexte la question de l’amiante, on aurait presque envie de se marrer si le sujet était pas aussi grave. Parce qu’il y a quand même des dizaines de milliers de salariés qui vont peut-être un jour crever de l’amiante et ça le gouvernement il s’en fout pas mal. Et il y a une loi dans ce pays qui s’appelle la réquisition des logements vides, qui date de 45, et puisque M. Sarkozy est un fanatique de l’application de la loi, et bien il ferait bien de l’appliquer celle-là !

Et on découvrirait qu’il y’a des centaines de milliers de logements vides en région parisienne et qu’on pourrait parfaitement trouver une solution décente du point de vue du logement.

 

« S’ils évacuent le gymnase, il faudra des milliers de personnes »


Le Blog : L’autre grand problème, c’est la régularisation de ces habitants sans-papiers...

 

Olivier Besancenot : Je crois qu’on peut l’obtenir, mais maintenant on se fait pas d’illusion, c’est les pouvoirs publics qu’ont crée ce problèmes là pour des raisons probablement électoralistes liées à M. Sarkozy ; ça faisait des années que la situation durait, il y a eu un discours de Nicolas Sarkozy et bizarrement, 48 heures après, on a eu cette rafle, donc je crois qu’il y a que la mobilisation citoyenne qui permettra d’arracher les choses à grands coups de pieds dans le derrière. Et c’est pour ça que les réseaux militants sont extrêmement importants.

On fête aujourd’hui les 10 ans de l’Eglise de St Bernard, moi je veux pas jouer les vieux baroudeurs, j’étais présent à l’époque de St Bernard, il y avait eu des violences physiques, mais je crois que ce qu’il y a eu en plus jeudi et vendredi (NDLR : les 2 jours de l’expulsion sur le trottoir de la Cité U), c’est quelque chose de vraiment malsain et de nauséabond quand on voit les scènes d’humiliations qui ont été infligées au mères et aux enfants et on a besoin d’un sursaut de l’équivalent de St Bernard, à l’époque il y avait eu des milliers de personnes et si jamais les pouvoirs publics « s’amusaient » à vouloir par exemple expulser les familles du gymnase, on aurait besoin de centaines de personnes, et de milliers de personnes autour du gymnase pour empêcher l’expulsion.

 
 

Le Blog : Dix ans après les incidents de Saint Bernard, ces événements de Cachan nous rappelle que le contexte n’a pas tant changé ?

 

Olivier Besancenot : Le gouvernement a célébré à sa manière ses événements en montrant qu’il est toujours bien là avec des politiques discriminatoires, de ségrégations qui consistent à stigmatiser une partie de la population.

De toute façon, la seule chose qui a changé depuis Saint Bernard et qui explique peut-être qu’il y a un peu moins de rapport de force, c’est que le climat politique est de plus en plus mal sain.

 

 

Le Blog : Depuis ces dix années, considérez-vous qu’on a avancé d’un pas, y’a-t-il de l’espoir ?

 

Olivier Besancenot : Il y a eu un pas en arrière, c’est tous les coups qu’on n’a pas su rendre. Les bonnes nouvelles et les lueurs d’espoir, c’est quand même des réseaux comme Réseau Educations sans frontières (RESF) qui ont montré qu’il y avait encore de la réaction dans ce pays, et je crois que c’est ça qu’il faut continuer à généraliser.

 

 

 

 

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