«Panique». Le 13 août au soir, il est plutôt déprimé dans son appartement du 1, rue Saint-Maixent, à Poitiers
(Haute-Vienne). «Son permis de conduire venait de lui être retiré, il avait des soucis d’argent», se souvient le père. Vers minuit, il reçoit la visite de sa petite amie avec qui il se
dispute avant de la frapper et de la mettre dehors. Des objets volent à travers l’appartement et passent par la fenêtre. Alertée par des voisins, la police est au pied de l’immeuble. La
situation est tendue. Olivier continue de jeter des objets dans le vide, échange des noms d’oiseaux avec des gardiens de la paix. «Il était en panique, affirme son père. A un
moment, il a fait mine de se trancher la gorge avec un couteau en disant "Ma vie est foutue."» Olivier Massonnaud s’échappe à l’étage supérieur, chez une voisine qui prend la fuite. Des
policiers protégés par un bouclier envisagent de l’appréhender à l’aide d’un flash-ball, mais le brigadier-chef C. le leur interdit, apparemment en raison de l’exiguïté des lieux. Olivier
Massonnaud s’empare d’un couteau à pain Ikéa qui sera retrouvé plus tard dans une gouttière, sous un Velux. Il gagne les toits voisins où il rampe sur une faîtière. Des policiers le suivent
grâce à une torche, avant qu’il ne pénètre dans une autre maison. Il est plus de 3 heures du matin. Olivier Massonnaud est localisé dans une cour intérieure.
Pudeur. «L’endroit était bien éclairé», expliquera plus tard aux enquêteurs une locataire des lieux car, étant
malvoyante, elle a «besoin d’un très bon éclairage». Quatre policiers sont présents. Ils ont suivi les traces de sang laissées par Olivier Massonnaud, qui s’est blessé dans son accès
de violence. Le brigadier-chef C., équipé d’un gilet pare-balles lourd, a l’arme au poing : «Vu la dangerosité de l’individu, j’ai décidé de sortir mon arme administrative que j’avais
main droite en position de recherche, c’est-à-dire l’arme tenue à deux mains le canon dirigé vers le sol, les bras semi-tendus, l’index le long du pontet», indiquera-t-il plus tard sur
procès-verbal. Olivier Massonnaud accroupi près d’une voiture est localisé par T., un policier, qui indiquera par la suite : «Il s’est tout de suite relevé, bras tendus vers moi en
hurlant. Je n’ai pas compris ce qu’il disait. Pour me protéger, j’ai utilisé ma lampe torche. Elle est venue bloquer son bras droit et ensuite j’ai entendu une détonation qui provenait de ma
droite.»Le brigadier-chef C. vient de blesser mortellement Olivier Massonnaud. Quelques heures plus tard, il témoignera : «Je n’ai pas pu voir s’ilavait une arme à la main,
tout allait très vite et on voyait mal. J’ai tout de suite pensé qu’il allait faire du mal à T. et j’ai tiré une cartouche. Il est tombé sur la face et une fois tombé, il a dit "Sale con de
flic."» [Massonnaud, ndlr]
Depuis sept mois, François Massonnaud refait le fil des derniers instants de son fils abattu d’une balle de Sig Sauer dans le ventre,
à«trois mètres dans la bouteille, comme ils disent dans leur terminologie professionnelle», selon le père. Avec une minutie à disséquer les faits qui n’a d’égal que sa pudeur à taire
son propre deuil. «Il n’avait aucune chance de s’en tirer,dit le médecin. La balle a touché l’aorte abdominale et une vertèbre. En trois minutes, il était mort.»
«Erreurs». Le père de la victime ne comprend pas la «réponse disproportionnée» mise en œuvre par des
fonctionnaires en nombre, contre son fils, seul et au final désarmé. Et se demande pourquoi les policiers n’ont pas eu recours au flash-ball au lieu d’une arme à feu.«Le fil des événements
est confondant. C’est une succession d’erreurs professionnelles et de réactions disproportionnées. Il ne fallait pas le tuer, mais lui tendre la main. On l’a abattu comme un chien
entre deux bagnoles dans un coin de cour,estime Me Pierre Olivier Sur, avocat des Massonnaud. Il était tout sauf un garçon qui mettait en danger les policiers. En face,
ils disent qu’Olivier était un "forcené". Mais le forcené, c’est "Human Bomb" [le preneur d’otages dans une école maternelle de Neuilly en 1993, ndlr]. Pas Olivier. Lui, c’était
juste un type qui avait pété un peu les plombs.»
Après l’ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge de Poitiers et la saisie de l’Inspection générale de la police nationale
(IGPN, la «police des polices»), le brigadier-chef C. a été entendu à l’automne en tant que témoin assisté. «Je ne peux pas accepter le fait qu’il ne soit pas mis en examen,
affirme Me Sur. L’enchaînement des actes de procédures montre qu’il y a un a prilicori pour transformer la victime en un dangereux criminel jusqu’à salir sa mémoire pour sauver
la police.»
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